Avec ses vingt-deux ans et l'air de ne pas y toucher, Apolline Dreyfuss possède déjà un joli bagage à travers ses trois championnats du monde et ses Jeux de Pékin. Cette semaine à Rome, l'Alsacienne vient de réussir deux performances qui réveillent une discipline assoupie depuis le départ en retraite de Virginie Dedieu. Huitième en duo, septième avec le ballet, cela commence à faire sérieux.
Cette saison fut à l'image de ces courses d'obstacles qu'on doit enjamber, un peu chaque jour. Avec une piscine qui prend feu à l'Insep, Apolline Dreyfuss et ses copines ont dû jongler chaque jour sur des sites d'entraînement différents, entre deux bus, trois retards et autant de raisons de laisser tomber, de guerre lasse. Les lendemains de Jeux furent pénibles au sein de l'équipe de France et cela les a servies !
Huitièmes,
elles n'osaient l'espérer
Rien de tel qu'une bonne grosse galère pour souder les couples en devenir. C'est ce qui est arrivé à Apolline et sa copine de bassin, la môme venue du Sud-Ouest, Lila Meesseman-Bakir. Deux ans qu'elles se fréquentent assidûment pour préparer le meilleur duo possible. A Pékin, leur place de onzième n'était qu'un apéritif, rentrer dans le Top 8 à ces Mondiaux romains est plus beau, trop pour l'espérer tout haut.
Avant de poser pied en Italie, les gamines n'osaient s'avouer pareil objectif. Leur timidité ne leur laissait envisager plus que dixième, comme si viser mieux équivalait à gronder plus haut que ses fesses. Du culot, elles en ont eu au moment de plonger dans cette piscine baignée par les chants de cigales à l'ombre - les veinardes ! - des pins. Ce ménage tourne de mieux en mieux, il prend forme, fait peur.
« Il y avait une place à prendre »
« Cela se sent quand on croise d'autres filles, nous sommes connues », se réjouit la Strasbourgeoise. L'expérience est là, désormais, les juges ne peuvent non plus effacer ce palmarès qui se construit. A toutes les échéances planétaires, le duo tout bleu grappille des rangs dans la hiérarchie, trois à chaque fois. « Après les Jeux, certaines ont arrêté, il y avait une place à prendre, on a su être là. »
« Ce qui nous est arrivé cette saison nous a aidées, cela nous a rapprochées. On avait du mal à travailler, dès qu'on était dans l'eau on s'y donnait à fond. » Pareil en stage où les bouchées sont doubles, à raison de neuf heures par jour, dont cinq à s'enfiler la même musique devenue ritournelle. « Depuis deux ans on est sur la même chorégraphie et cela va nous faire du bien d'en changer. » Elle est arrivée à bout.
« On l'aimait bien, on l'avait créée nous-mêmes avec des bouts d'improvisations. La prochaine ? Je ne peux pas encore le dire, avec Lila on prévoit quelque chose de moins passe-partout, qui va marquer. » Huitième, cela vous pose un duo, incite à lever la tête hors de l'eau. « On prend confiance en nous, dans nos mouvements nous sommes moins timides, plus grandes, mieux dans notre technique. »
Un ensemble relancé
Hier, cela s'est vérifié avec le ballet made in France. Les Bleues y ont réussi un véritable exploit avec cette septième place en finale, deux rangs de gagnés par rapport aux éliminatoires... encore deux autres à gratter et les Jeux de Londres pourraient s'offrir. Pour mémoire, la nation n'avait même pas osé se présenter aux qualifications de Pékin. Cette fois, États-Unis et Ukraine sont à la traîne des Françaises.
La vitrine de la discipline se porte mieux. La dynamique d'un duo aux portes des podiums est là pour donner l'élan. « On travaille toutes ensemble, c'est dur pour celles qui ne sont pas sélectionnées avec le duo. Nous étions mieux dans notre technique, on l'a bien senti. » Dans les tribunes, avec toute la famille venue du Bas-Rhin, cela a pleuré dans la chaumière reconstituée. « J'ai vécu de grands moments ici... »
S.Ba. DNA
ET BONNE COMPET AUX NAGEURS ET NAGEUSES FRANCAIS :)

