La deuxième vie de Muriel Hermine
A des années-lumière de ses spectacles aquatiques, l'ancienne nageuse Muriel Hermine, 44 ans, rayonne désormais en tendant la main à des collégiens en difficulté.
La quadruple championne d'Europe de natation synchronisée, qui avait quitté les bassins en 1989, aide ces adolescents avec son association "J'ai un rêve", en utilisant le spectacle et le sport comme outils pédagogiques.
Maman de deux garçons de 12 ans et six ans, elle consacre tout son temps à son engagement bénévole et l'a financé en écrivant "Les aventures de Killian", un livre pour enfants.
Reuters : Pourquoi cet engagement ?
Muriel Hermine : Depuis l'âge de 20 ans, j'avais envie de m'engager dans l'associatif. Athlète de haut niveau, le temps me manquait. Alors, on me proposa simplement d'utiliser mon image. Je m'y suis résignée sans en être vraiment satisfaite. Moi j'avais envie d'être sur le terrain, de mettre les mains dans le cambouis, de faire bouger les choses. Pendant quinze ans, j'ai cherché par quel bout le prendre.
Reuters : Et vous arrivez au Sénégal...
M.H. : En 2000, j'ai lancé mon spectacle "Freedom" sur l'île de Gorée. L'accueil tellement chaleureux m'a donné envie de leur rendre la pareille en les aidant.
Reuters : Et vous vous êtes installée là-bas ?
M.H. : Dans ma tête, oui ! Mais avant, je voulais me rapprocher des collégiens français afin qu'ils témoignent que la France n'est plus un eldorado.
Reuters : Alors, vous êtes allée visiter un collège à Montfermeil, en Seine Saint-Denis.
M.H. : Là, c'est le choc émotionnel, visuel, physique. Violent. Terriblement bouleversée de voir à ma porte tant d'enfants violents, pauvres, paumés, en échec scolaire. J'en chiale des heures puis, je me dis : est-ce la peine de dépenser des tonnes d'énergie pour aider des enfants du bout du monde alors que ceux derrière ta porte ont besoin de toi ?
Reuters : Et en 2003, vous créez donc "J'ai un rêve" ?
M.H. : Avec l'idée de leur redonner confiance et l'envie de vivre, de croire en l'avenir, de se parler de manière pacifique. J'ai construit un programme culturel et sportif au cours duquel j'emmène des élèves de quatrième à Matam. J'emmène voir les enfants qui pleurent pour ne pas aller à l'école voir ceux qui pleurent pour pouvoir y aller.
Reuters : C'est un choc pour eux ?
M.H. : Complètement ! La majorité issue de l'immigration ne connait pas son pays d'origine et prend comme une punition d'y aller. Ils en rentrent métamorphosés, plus ouverts, respectueux, bosseurs.
Reuters : Que transmettez-vous ?
M.H. : A ces enfants qui ne veulent rien, qui ne croient plus en rien et qui ne demandent rien, je souhaite tendre la main, donner la parole et l'écoute. Dans ces quartiers où beaucoup baissent les bras, je veux leur expliquer que l'échec ou la bêtise n'est pas une fin mais, une expérience.
Reuters : N'est-ce pas un combat vain ?
M.H. : Sans le sport, je n'aurais jamais eu cette énergie pour le mener, trouver une solution à chaque problème. Donc, je fonce. Avec ces jeunes, je retrouve la complicité, la convivialité et le partage des émotions rencontrées dans le sport : cela me manquait !
Reuters : C'est étonnant de vous retrouver sur un tel chemin ?
M.H. : Au départ, les gens se demandaient ce que la Hermine faisait dans ce milieu, en déduisaient que j'avais dû épouser un Sénégalais ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, j'ai vraiment dû me battre pour imposer le bien-fondé de mon engagement. Je travaille dans l'ombre. Ce combat donne un sens à ma vie.